LES TEMOIGNAGES

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Ali BAMASSOUDI: Agriculteur et Président du la Jamaa du Ksar Mouy, commune de Tadighoust

Mais dès que la chaleur monte, de mai à octobre, l’eau devient plus rare. Alors, là, c’est un autre système : l’irrigation selon les biens ou les parts que chaque famille possède. Un tour d’eau peut durer jusqu’à 36 jours. C’est long, mais on s’adapte. On fait attention, on gère chaque goutte.

Je m’appelle Ali BAMASSOUDI, agriculteur ici à Mouy, dans la commune de Tadighoust. Je suis aussi président de la Jamaa de notre ksar. Ici, dans notre oasis, on vit grâce à l’eau. Sans elle, pas de palmiers, pas de cultures, pas de vie.

L’eau, chez nous, c’est sacré. Elle se partage selon des règles très anciennes, héritées de nos ancêtres. Ce sont des lois non écrites, mais tout le monde les respecte. Ce système, c’est la base de notre solidarité. Il garantit que chacun ait accès à sa part d’eau, de manière juste.

La principale source d’eau du ksar, c’est un bien collectif. On ne la gère pas chacun pour soi. C’est la communauté, à travers la Jamaa, qui organise l’irrigation. On établit un calendrier, on surveille les répartitions, et on veille à ce que personne ne soit lésé.

L’année, on la divise en deux périodes. D’octobre à mai, on fait ce qu’on appelle l’irrigation collective à tour de rôle. Chacun a son tour d’eau, bien défini. C’est tournant, tout le monde passe.

Les ayants droit à l’eau, ce sont les gens qui possèdent une part reconnue dans le système. C’est souvent hérité de nos parents ou grands-parents. Mais on peut aussi les vendre, les louer ou les transmettre, à condition que ça soit validé par la Jamaa. C’est un système ancestral, mais il fonctionne toujours. Et tant qu’on respecte nos règles, notre oasis vivra encore longtemps. L’eau, on ne la gaspille pas. On la partage.”

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KASSI Fatma, membre de l’association des œuvres sociale du ksar Mouy

L’organisation suit des règles bien établies. Ce sont les anciens du ksar, avec la Jamaa, qui fixent la date, généralement vers la fin du mois de juin, quand la saison agricole se termine. Les femmes du ksar sont aussi consultées, car sans nous, rien ne se fait vraiment.

Je m’appelle KASSI Fatma, je suis membre d’une association qui travaille dans les œuvres sociaux du ksar Mouy. Ici, dans notre oasis, les traditions agricoles ne sont pas seulement des habitudes, ce sont des piliers de notre identité. Chaque fin juin, une période importante arrive pour nous : c’est la fin du cycle agricole, le ksar organise son Moussem agricole annuel.

L’événement le plus fort de ce Moussem, c’est la Sadaka communautaire. Ce n’est pas juste un repas, non… c’est un acte spirituel, un moment de solidarité profonde. On remercie Dieu pour les récoltes de l’année, et on lui demande Sa protection pour l’année à venir — contre la sécheresse, les maladies, les mauvaises saisons.

Ce rituel, on le tient de nos mères, et elles de leurs mères. Ce sont surtout les femmes qui veillent à ce que tout se passe comme il faut. On s’occupe de la préparation, de l’organisation, de la cuisine, et on veille à respecter les anciennes coutumes.

La Sadaka se tient généralement près de la source, un lieu symbolique, là où la vie de l’oasis commence. Chaque famille participe à sa manière. Certaines apportent du couscous, d’autres du pain, de la viande, des légumes, des épices, de l’huile ou du beurre… Chacun donne selon ses moyens, et tout est partagé entre tous. Ce jour-là, on sent vraiment l’esprit de communauté. Les jeunes apprennent des anciens, les femmes chantent en préparant le repas, les enfants courent autour des palmiers, et les prières montent ensemble vers le ciel. La Sadaka, c’est bien plus qu’un événement. C’est notre manière à nous, femmes oasiennes, de préserver le lien entre le sacré, la terre, et la communauté.”

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ARIHI Aïcha, présidente de la Coopérative de tissage du Ksar Mouy

1/ L’accès aux marchés reste limité,

2/ Nous manquons de matériel moderne,

3/ Et notre visibilité reste faible au-delà de notre région.

Je suis ARIHI Aïcha, présidente de la Coopérative de tissage du ksar Mouy. Depuis plusieurs années, je travaille avec des femmes de notre communauté pour faire vivre notre patrimoine et améliorer nos conditions de vie. Ici, dans l’oasis, les femmes ont toujours eu des mains habiles et un grand savoir-faire. À travers la coopérative, nous avons voulu transformer ce talent en opportunité. Nous tissons à la main des tapis traditionnels, des textiles amazighs, et d’autres produits artisanaux. Ce travail nous permet de générer un revenu régulier, ce qui est essentiel pour l’autonomie des femmes du ksar.
Mais notre objectif ne s’arrête pas là. Nous formons aussi les jeunes filles aux métiers de l’artisanat, pour que notre savoir-faire ne se perde pas. Chaque tapis, chaque motif, raconte une histoire, celle de notre culture, de notre identité amazighe.

Grâce à notre présence dans certaines foires locales et régionales, nous commençons à nous faire connaître. Mais les difficultés sont encore nombreuses :

Heureusement, nous ne sommes pas seules. Je tiens à exprimer toute ma reconnaissance à l’AOFEP, qui nous a beaucoup soutenues. Ils nous ont apporté un accompagnement technique et organisationnel, offert des formations utiles à nos membres, et surtout, ils ont promu notre travail artisanal dans le cadre du développement durable. Leur aide, y compris financière, nous a permis de renforcer la coopérative et de croire en notre potentiel. Aujourd’hui, je suis fière de voir des femmes du ksar gagner leur vie dignement, transmettre leur savoir, et occuper une place active dans notre société. La coopérative, ce n’est pas seulement du tissage, c’est une aventure humaine, solidaire, et profondément enracinée dans nos traditions.”

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FEU IDRISSI Med, Agriculteur et propriétaire des fermes BIO à Tinjdad, expert en culture de palmier dattier.

Mais le palmier, c’est comme un enfant, il faut s’en occuper tout le temps. On enlève les feuilles sèches, on pollinise à la main — parce que les palmiers ont des pieds mâles et femelles, comme nous.

Il y a aussi les parasites qui attaquent les palmiers, comme le Bayoude ou le charançon. Il faut les surveiller de près. Et bien sûr, on met du fumier, du compost, et des engrais adaptés pour nourrir l’arbre.

Ça fait plus de trente ans que je cultive le palmier dattier ici à Tinjdad. Ce travail, je l’ai appris de mon père, et de mon entourage. Chez nous, le palmier, c’est plus qu’un arbre : c’est la source de vie de l’oasis.

La culture, on la fait de deux manières. La plus ancienne, c’est celle qu’on connaît tous : on prend les rejets, ces petites pousses qui sortent à la base du palmier mère. On les replante, et comme ça, on garde les mêmes qualités du fruit. C’est naturel, mais ça prend du temps.

Maintenant, il y a aussi la technique moderne, avec la multiplication in vitro. Ce sont les ingénieurs qui font ça en laboratoire. Ils arrivent à produire des centaines de plants à partir d’un seul. Comme ça, on a des variétés bien choisies, comme le Mejhoul et le Boufeggous, et sans maladies.

Pour planter, il faut respecter les distances, sinon les palmiers se gênent entre eux. Nous, on fait souvent 8 mètres sur 8, ou 10 sur 10. Le sol doit être bien drainé, un peu sableux, et riche en matière organique. Et puis sans eau, rien ne pousse ici, alors on utilise soit le système traditionnel, soit le goutte-à-goutte quand on peut se le permettre.

Moi, je dis que ce métier demande de la patience, de l’amour pour la terre, et un œil sur les nouvelles techniques. C’est comme ça qu’on garde notre oasis vivante et nos dattes de qualité.”

 

« Je suis GHACHA Ahmed, agriculteur de génération en génération dans notre oasis (Ksar Asrir). Depuis deux ans, mes récoltes, en particulier celles de petits pois, n’ont jamais été aussi généreuses. Ce renouveau, je le dois au soutien conjoint de la Fondation Énergie Assistance et de l’association La Goutte dans le Désert, qui ont uni leurs efforts pour offrir à notre terre une nouvelle vie en creusant un puits et en installant une motopompe solaire. Aujourd’hui, grâce à cette eau abondante et régulière, mes cultures prospèrent, la terre refleurit et l’avenir s’annonce enfin prometteur. »

GHACHA Ahmed
BEN BAGHAD

Med BENBAGHAD, agriculteur et apiculteur, 

Je m’appelle Med BEN BAGHAD. Je suis agriculteur à Tinjdad, et je peux dire que j’ai commencé de zéro. Pas de terrain équipé, pas de moyens au départ… juste la volonté de bien faire, de travailler dur, et de croire que c’est possible. Aujourd’hui, quand je regarde le chemin parcouru, je suis fier. Bien sûr, je n’ai pas fait ça tout seul. Il y a eu mes efforts, mais aussi l’appui de plusieurs partenaires qui ont cru en mon projet. Je pense à l’ORMVAT, l’AOFEP, l’ANDZOA, l’INRA, et autres, tous ont apporté quelque chose, que ce soit en formation, en accompagnement, ou en moyens techniques. Grâce à cela, j’ai pu améliorer mes terres, diversifier mes cultures, installer l’irrigation goutte-à-goutte, et surtout, adopter une gestion durable de l’eau. Et dans une région comme la nôtre, où l’eau est rare.

Ce que beaucoup de gens ne voient pas, c’est l’importance de gérer intelligemment les eaux de crue. On a commencé à mettre en place des dykes, ces petites digues qui freinent l’eau quand elle descend. Elles permettent la recharge de la nappe phréatique en donnant le temps à l’eau de s’infiltrer. Sans ça, l’eau passe vite, et on la perd.

Mais il y a encore un problème qui nous inquiète : les carrières de sable. Elles perturbent tout l’équilibre naturel. Quand on extrait trop de sable, les eaux de crues ne peuvent plus s’infiltrer. Le sol devient instable, l’eau file, et la nappe ne se recharge plus. Moi, je dis qu’il faut stopper ces carrières, ou au moins les réguler sérieusement. On a besoin de redonner à la terre le temps de respirer, et à l’eau, le temps de s’infiltrer. Ce métier, je l’ai appris sur le terrain, avec mes mains, mes erreurs, mes réussites. Et je peux vous dire que quand on respecte la terre, elle nous le rend.

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